Trier 200 CV pour un poste sans passer à côté du bon profil
Au-delà de trente CV, l'attention décroche et l'ordre de lecture décide à la place du lecteur. Voici une méthode pour garder la même exigence du premier au deux-centième.
Le problème n'est pas le volume, c'est la dérive
Personne ne lit le cent-cinquantième CV comme le premier. Les critères se déplacent en cours de route : on devient plus sévère après une série de bons dossiers, plus indulgent après une série de mauvais. Le classement final reflète autant l'ordre de la pile que la qualité des candidatures.
C'est la première chose qu'un traitement systématique corrige : non pas lire plus vite, mais lire chaque dossier avec les mêmes exigences que le précédent.
Poser les exigences avant d'ouvrir le premier CV
Écrire ce qu'on cherche après avoir lu quelques candidatures, c'est décrire les candidats reçus plutôt que le poste. L'ordre inverse s'impose : lister les exigences, puis les hiérarchiser en trois niveaux.
Trois suffisent, et la hiérarchie compte plus que la liste elle-même :
- critique : sans cela, la personne ne tient pas le poste. Rarement plus de quatre ou cinq lignes ;
- important : ce qui fait la différence entre deux profils viables ;
- souhaitable : ce qui s'apprend en quelques semaines, et qui n'a donc pas à écarter qui que ce soit.
Comparer sur les mêmes critères, pas sur des impressions
Une fois les exigences posées, chaque CV se confronte à la même grille et le résultat se lit à plat : quelles exigences sont couvertes, lesquelles ne le sont pas, sur quelles preuves.
L'intérêt n'est pas le classement — il se discute — mais la comparabilité. Deux recruteurs qui regardent la même grille parlent enfin de la même chose, et un désaccord porte sur un critère nommé plutôt que sur une préférence.
Le piège du mot-clé
Filtrer sur la présence d'un terme écarte deux populations à la fois : ceux qui n'ont pas la compétence, et ceux qui l'ont mais l'appellent autrement. L'absence de preuve n'est pas la preuve d'une absence.
Un tri utile cherche donc ce qui étaye la compétence — une mission, une réalisation, une date — plutôt que le mot lui-même. C'est plus lent, et c'est ce qui distingue un tri d'un filtre.
Garder la trace des décisions
Noter pourquoi un dossier est écarté coûte dix secondes et sert trois fois : pour répondre au candidat qui demande, pour justifier le choix six mois plus tard, et pour vérifier après coup si les critères annoncés étaient les bons.
C'est aussi la seule défense sérieuse en cas de contestation. Un motif écrit au moment de la décision vaut infiniment mieux qu'une reconstitution de mémoire, et il oblige à formuler un critère plutôt qu'une impression — ce qui suffit souvent à en révéler l'inconsistance.
Ce qu'on gagne
Le temps, oui — mais surtout la certitude que le vingtième dossier a été lu avec la même exigence que le deuxième, et que le profil retenu l'a été pour une raison qu'on sait encore énoncer un mois plus tard.
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